Si vous êtes propriétaire ou locataire de votre habitation et que vous y exercez votre activité professionnelle, la question revient souvent : « Est-ce pertinent (et sécurisé fiscalement) de faire prendre en charge une “quote-part” de loyer / charges par votre société ? »
Oui… mais tout dépend de votre statut (IS/IR), de votre situation (propriétaire/locataire) et surtout de la qualité des justificatifs. Objectif :
- optimiser intelligemment
- sans se faire rattraper par l’administration .
Travailler depuis son domicile est une solution courante pour les entrepreneurs. Mais entre fiscalité et règles juridiques, l’accompagnement par un expert-comptable en ligne peut s’avérer essentiel.
Ce type d’organisation est fréquent chez les indépendants. Si vous débutez, consultez notre guide pour devenir freelance.
Besoin de conseils ? Trouvez votre expert-comptable en ligneEntreprise et habitation personnelle : règles fiscales et optimisation
1) Propriétaire des locaux (vous détenez le logement)
A) Si votre société est soumise à l’IS (SAS/SASU, SARL/EURL à l’IS…)
Vous pouvez signer un bail (ou une convention de mise à disposition) entre vous et votre société, et lui louer une partie du logement utilisée à titre pro (bureau, pièce dédiée, etc.).
👉 Principe :
– La société déduit le loyer (et éventuellement une quote-part de charges si prévu)
– Vous déclarez ces loyers en revenus fonciers (impôt + prélèvements sociaux)
Point de vigilance majeur : le “loyer normal”
L’administration fiscale conteste régulièrement les loyers exagérés (risque : réintégration dans le résultat + pénalités).
Pour sécuriser : basez-vous sur un prix au m² cohérent (marché local, annonces comparables, estimation, etc.) + prorata de surface réellement utilisée.
Micro-foncier : seuil et abattement (montants à jour)
Si vos revenus fonciers bruts annuels (hors charges) ne dépassent pas 15 000 €, vous pouvez bénéficier du régime micro-foncier, avec un abattement forfaitaire de 30 %.
➡️ Ce seuil est toujours de 15 000 € (règle en vigueur à ce jour).
Exemple rapide (logique) :
– Loyer facturé à la société : 6 000 €/an
– Micro-foncier : abattement 30% = 1 800 €
– Base taxable revenus fonciers = 4 200 €
✅ Intérêt fréquent : vous “sortez” de l’argent de la société autrement qu’en salaire/dividendes, mais ce n’est pas neutre fiscalement. On arbitre au cas par cas.
B) Si vous êtes soumis à l’IR (entreprise individuelle, EURL à l’IR, etc.)
Deux grandes options existent :
Option 1 : Affecter le bien à l’actif professionnel
Vous pouvez inscrire tout ou partie du logement à l’actif.
- Avantage possible : certaines charges/ amortissements (selon cas) peuvent être pris en compte.
- Inconvénients fréquents : conséquences à la revente, plus-values, complexité… donc on le fait rarement pour une résidence principale, sauf situations particulières.
Option 2 : Conserver le bien dans le patrimoine privé et “le louer” à l’activité (pratique fréquente)
C’est la solution la plus courante si vous voulez rester simple.
⚠️ Attention : il faut un montant cohérent avec le marché + une logique de calcul claire (surface pro / surface totale, pièce dédiée, etc.).
2) “Loyer à soi-même” : BIC vs BNC (règles et prudence)
A) Si vous relevez des BIC (commerce, artisanat, industrie)
Le Conseil d’État a admis que si vous conservez l’immeuble dans votre patrimoine privé tout en l’affectant à l’activité, vous pouvez comptabiliser en charges une somme correspondant au loyer normal.
Conséquence : ce “loyer” doit en parallèle être imposé en revenus fonciers (logique de symétrie).
📌 En pratique :
– Côté activité BIC : charge déductible (à condition d’être justifiée)
– Côté perso : revenus fonciers à déclarer
Point important : en BIC, la doctrine a admis qu’une inscription comptable puisse suffire dans certains cas, mais en pratique, pour être solide en cas de contrôle, un flux réel et/ou une convention écrite reste nettement plus défendable.
Pour sécuriser ce type de montage (location à soi-même, répartition des charges…), il est fortement recommandé de se faire accompagner par un expert-comptable en ligne. Celui-ci pourra optimiser votre situation tout en évitant les erreurs fiscales.
B) Si vous relevez des BNC (professions libérales)
Par deux arrêts du 11 avril 2008, le Conseil d’État a reconnu la déductibilité des loyers à soi-même, à condition qu’il y ait un versement effectif et une imposition en revenus fonciers.
⚠️ Différence clé : en BNC, l’administration exige en pratique un mouvement bancaire réel (paiement), là où le BIC est parfois plus “souple” sur la forme.
✅ Intérêt : déduire une charge pro → réduire l’assiette (et donc souvent les cotisations), mais vous fiscalisez en revenus fonciers en contrepartie.
Pour sécuriser ce type de montage, il peut être utile de comprendre pourquoi faire appel à un expert-comptable en ligne.
3) Locataire des locaux (vous louez votre habitation)
Ici, c’est plus délicat juridiquement car la sous-location est encadrée.
A) Règle juridique de base : sous-location = accord du bailleur
En bail d’habitation, la sous-location est en principe interdite sauf accord écrit du propriétaire (et souvent avec conditions).
Donc si vous voulez que votre société vous “loue” une partie :
✅ idéalement, il faut un accord écrit du bailleur + un écrit (avenant / sous-location / convention).
B) Si votre société est à l’IS
Risques principaux si c’est mal fait :
– côté bail : résiliation / conflit avec le propriétaire
– côté fiscal : déduction refusée, sommes requalifiées (ex. avantage, distribution selon le montage)
Schéma le plus propre :
1) accord du bailleur
2) écrit clair (surface, montant, charges, durée)
3) justificatifs (plan, prorata, méthode de calcul)
💡 Alternative souvent plus simple (selon cas) : plutôt que de “sous-louer”, certaines entreprises passent par le remboursement de frais (quote-part internet/électricité/assurance, etc.) sur justificatifs. Mais attention : ça ne remplace pas toujours un loyer si vous cherchez à faire financer “la pièce” elle-même. On sécurise au cas par cas.
C) Si vous êtes à l’IR (entreprise individuelle notamment)
Souvent, on pratique une ventilation directe (quote-part professionnelle) des dépenses :
– loyer (selon ce que permet le bail/accord bailleur)
– électricité
– internet/téléphone
– assurance
– charges de copropriété (certaines)
– etc.
✅ Méthode recommandée : prorata surface (m² pro / m² total) + éventuellement prorata temps si la pièce n’est pas dédiée.
4) Bon à savoir : charges, frais et justificatifs (très utile en contrôle)
Dans tous les cas (propriétaire ou locataire), les dépenses nécessaires à l’activité peuvent être prises en charge au prorata si elles sont :
– justifiées
– proportionnées
– réellement professionnelles
Typiquement déductibles (au prorata) :
- électricité / chauffage
- internet & téléphone
- eau (si pertinent)
- assurance habitation (quote-part)
- taxe foncière (si propriétaire, selon montage)
- petites fournitures / mobilier de bureau
📌 À conserver absolument :
– un calcul de prorata (surface, plan, pièce dédiée)
– factures + preuve de paiement
– convention/bail si loyer facturé
– éléments de marché si vous fixez un loyer (annonces, estimation)
5) Méthode simple pour calculer une quote-part “pro” (recommandée)
1) Déterminer la surface utilisée pro : ex. 12 m²
2) Surface totale : ex. 60 m²
3) Quote-part = 12 / 60 = 20%
4) Appliquer 20% aux charges concernées (et éventuellement au loyer si le montage le permet)
💡 Si la pièce n’est pas dédiée (ex. salon utilisé 2 jours/semaine) : on peut appliquer un prorata surface + temps, mais il faut rester raisonnable.
Conclusion : quel choix est “judicieux” ?
– Propriétaire + société à l’IS : le bail peut être pertinent, mais uniquement avec un loyer de marché et une documentation solide 📌
– IR (BIC/BNC) : possible, mais attention aux règles spécifiques (notamment paiement réel en BNC)
– Locataire : prudence maximale ⚠️, car le sujet est autant juridique que fiscal (accord du bailleur recommandé)
En résumé, utiliser son habitation personnelle pour son entreprise peut être avantageux, à condition d’être bien accompagné par un expert-comptable en ligne.